
**Préparé par**
Sarah Mahmoud
Journaliste spécialisée dans les affaires indiennes et pakistanaises
Traductrice en ourdou et en hindi
Émirats arabes unis
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Depuis la partition de l’Inde en 1947, de nombreux actes de violence ont été commis contre les musulmans qui ont choisi de rester en Inde sans émigrer vers les nouveaux États à majorité musulmane (selon les termes de la partition). Ces violences s’inscrivent dans un contexte de conflit communautaire entre hindous et musulmans.
Les musulmans de l’Inde sont confrontés à une discrimination violente et à des tentatives de nettoyage ethnique, bien qu’ils soient une composante authentique du tissu national — ayant vécu et gouverné le pays pendant des siècles. Ce passé historique (la conquête islamique de l’Inde) semble être la principale cause sous-jacente de la haine qui leur est adressée.
Les cas de lynchage, de torture, de mauvais traitements et de répression de la liberté de croyance et d’expression ont atteint des niveaux alarmants. Le discours fasciste et raciste contre les musulmans est devenu banal, facilement utilisé par les partis politiques. En 2023, un député hindou a même appelé publiquement à l’extermination de 200 millions de musulmans, sans crainte ni hésitation.
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**La réalité des musulmans de l’Inde :**
Les hindous décrivent souvent les musulmans comme des envahisseurs étrangers ayant occupé leur terre. Le Premier ministre actuel, Narendra Modi, les a même qualifiés « d’infiltrés ».
Or, la vérité est que les musulmans de l’Inde ne viennent pas de l’extérieur. En réalité, une grande partie des Indiens ont embrassé l’islam volontairement, sans contrainte, lors de la conquête islamique du sous-continent indien. Cela a conduit à la création d’un État islamique puissant et profondément enraciné — connu sous le nom de sultanat de Delhi — qui a perduré pendant plusieurs siècles.
Ainsi, les musulmans de l’Inde font partie intégrante du pays, comme en témoigne le célèbre **Taj Mahal**, l’une des sept merveilles du monde. Les musulmans constituent le deuxième plus grand groupe religieux en Inde, après les hindous.
Bien qu’ils ne représentent qu’environ **15 % de la population**, de nombreux musulmans n’osent plus afficher leur identité religieuse par peur du fanatisme et de la violence.
Un musulman indien a déclaré qu’il ne portait plus de vêtements identifiant sa religion, qu’il ne plaisantait plus en ourdou (langue principalement parlée par les musulmans), et qu’il ne répondait plus au téléphone par la salutation islamique.
Cependant, une minorité musulmane demeure fière de sa nationalité et rappelle souvent que leur patrie abrite l’une des plus grandes communautés musulmanes du monde, et qu’ils ont participé à la libération du pays du colonialisme britannique aux côtés des hindous.
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**Des musulmans sans citoyenneté :**
Les récentes modifications des lois sur la citoyenneté — conçues pour priver les musulmans de leur nationalité — visent directement une grande partie d’entre eux.
Il leur devient de plus en plus difficile de prouver leur citoyenneté en raison du manque de documents officiels, surtout dans les zones rurales. Par conséquent, beaucoup se retrouvent considérés comme des **« migrants illégaux »**, exposés au risque d’arrestation et d’expulsion.
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**La montée des vagues de haine :**
La violence communautaire n’est pas un phénomène nouveau dans la société indienne, mais elle s’est intensifiée en raison des stratégies politiques et du discours de ceux qui sont au pouvoir.
Les observateurs remarquent que les campagnes de haine contre les musulmans ont fortement augmenté depuis la victoire écrasante du **parti Bharatiya Janata (BJP)**.
Beaucoup accusent ce parti d’être complice de ces violences, voire d’en faire un élément central de sa stratégie électorale.
Le pays a également connu de nombreux incidents au cours desquels des musulmans ont été attaqués par des « gardiens des vaches » après des rumeurs les accusant d’avoir consommé ou transporté de la viande de bœuf — la vache étant considérée comme sacrée dans l’hindouisme.
Parfois, la violence n’est pas physique, mais prend des formes plus subtiles et perfides visant à ternir l’image de la minorité musulmane.
Pendant la pandémie de COVID-19, des dirigeants hindous ont accusé les musulmans d’un prétendu **« djihad du coronavirus »**, les accusant de propager volontairement le virus.
D’autres rumeurs, telles que le **« djihad du pain »**, prétendaient que des cuisiniers musulmans crachaient sur le pain pour infecter les hindous.
Une autre accusation fréquente est celle du **« djihad de l’amour »**, selon laquelle des hommes musulmans séduiraient des femmes hindoues pour les convertir à l’islam.
Les femmes musulmanes n’ont pas été épargnées : certaines ont été humiliées en étant mises aux enchères sur Internet par des extrémistes hindous.
Les manifestations appelant ouvertement au meurtre de musulmans sont devenues monnaie courante. De même, la transformation des mosquées en temples hindous est désormais un phénomène récurrent, causant souvent la mort de dizaines de musulmans sous les yeux de tous, dans un silence médiatique troublant.
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**Commerce et économie :**
La pauvreté des musulmans est évidente dans les quartiers où ils vivent, conséquence directe de politiques discriminatoires et racistes.
Beaucoup d’hindous refusent que les musulmans possèdent des biens ou même les besoins fondamentaux tels que la nourriture et l’eau. Ceux qui s’y opposent risquent d’être battus, torturés ou agressés — parfois même des enfants.
Les musulmans rencontrent de grandes difficultés à accéder aux emplois prestigieux, notamment dans les secteurs gouvernementaux et administratifs, à cause du favoritisme et de la discrimination.
Ils ont aussi plus de mal à obtenir des prêts bancaires ou des financements et sont souvent victimes de discrimination lorsqu’ils tentent d’acheter ou de louer un bien immobilier.
La discrimination s’étend également à l’éducation.
Le taux d’analphabétisme est plus élevé parmi les musulmans que dans les autres communautés religieuses du pays, et leur taux d’accès à l’enseignement supérieur est très faible, ce qui réduit considérablement leurs opportunités sur le marché du travail.
Bien que l’agriculture indienne dépende largement de la main-d’œuvre musulmane et malgré leurs contributions importantes à l’économie du pays, les musulmans continuent de subir une discrimination systémique et des violences entraînant d’énormes pertes économiques.
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**En conclusion :**
Penses-tu que la responsabilité de la souffrance des musulmans incombe aux hindous et à l’État ?
Ou bien est-ce le **silence forcé** imposé aux musulmans eux-mêmes qui les a conduits à cette situation tragique ?







