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Pourquoi les exportations britanniques de déchets plastiques vers les pays en développement sont-elles en hausse ?

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Préparé par

Moamer Al-Sulaiman

Chercheur en affaires politiques et stratégiques

Royaume d’Arabie Saoudite

**Introduction**

Ces dernières années ont été marquées par une augmentation sans précédent des débats mondiaux sur les déchets plastiques, notamment après que des rapports récents—en particulier celui du *Guardian* et du groupe *The Last Beach Cleanup*—ont révélé que les exportations britanniques de déchets plastiques vers les pays en développement ont augmenté de 84 % en une seule année, atteignant des niveaux record. Ces chiffres alarmants soulèvent de sérieuses questions sur les causes et motivations réelles de cette augmentation préoccupante, ainsi que sur ses impacts environnementaux, économiques et éthiques, dans un système commercial mondial qui permet de transférer les crises environnementales du Nord riche vers le Sud pauvre.

**1. Contexte du phénomène**

Le Royaume-Uni est l’un des plus grands producteurs de déchets plastiques en Europe, générant plus de 2,5 millions de tonnes par an—soit une moyenne de plus de 36 kilogrammes par personne. Cependant, l’infrastructure de recyclage britannique souffre de déficiences chroniques qui ne suivent pas le rythme de ce volume énorme de déchets, avec une capacité locale de traitement couvrant seulement environ 40 % de la production totale de déchets plastiques. Cela pousse les entreprises et les usines à exporter une grande partie des déchets à l’étranger sous prétexte de “recyclage”.

La fermeture de la Chine aux importations de déchets étrangers en 2018, dans le cadre de sa politique “National Sword” visant à protéger l’environnement, a constitué un tournant décisif. Les flux commerciaux de déchets plastiques se sont alors redirigés vers des pays d’Asie du Sud-Est comme l’Indonésie, la Malaisie et le Vietnam, ainsi que vers certains pays africains comme le Ghana et le Nigeria, devenant de nouvelles destinations pour les déchets des pays développés.

**2. Raisons économiques et politiques**

**1. Faible coût et forte rentabilité :**
Une des raisons principales est que l’exportation de déchets vers les pays en développement est beaucoup moins chère que leur traitement au Royaume-Uni. Le traitement d’une tonne de plastique localement peut coûter entre 300 et 500 £, alors que l’exportation et le traitement à l’étranger ne dépassent pas 150 £ par tonne, ce qui permet aux entreprises de réaliser des millions de livres d’économies chaque année.

**2. Réglementation stricte et failles légales :**
Les lois environnementales européennes et britanniques imposent des normes élevées pour le recyclage et des contrôles stricts sur les décharges, poussant les entreprises à chercher des échappatoires légales en exportant les déchets sous l’étiquette “matériaux recyclables”, en exploitant des lacunes de la Convention de Bâle régissant le commerce des déchets dangereux.

**3. Faible contrôle dans les pays importateurs et problèmes de corruption :**
De nombreux pays en développement n’ont pas de systèmes de contrôle stricts pour les importations de déchets, et la corruption administrative facilite l’entrée des cargaisons de déchets sous couvert de “matières premières recyclables”, en faisant des destinations faciles pour déverser du plastique sans traitement réel.

**4. Pressions commerciales après le Brexit :**
La sortie du Royaume-Uni de l’UE a ouvert la voie à de nouveaux accords commerciaux, les exportations environnementales devenant un point de négociation avec les pays en développement pour compenser les pertes économiques liées au Brexit.

**3. Dimensions environnementales et humaines**

Ces pratiques entraînent des catastrophes multidimensionnelles, notamment :

* **Pollution environnementale à grande échelle :** Les déchets sont souvent brûlés ou enterrés à l’air libre, libérant des gaz toxiques et contaminant l’air et les eaux souterraines. Selon le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), 90 % des déchets plastiques exportés ne sont pas réellement recyclés.

* **Graves impacts sur la santé :** Les populations locales sont exposées à des fuites de substances toxiques dans le sol et l’eau, provoquant des maladies respiratoires et des cancers. En Malaisie et en Indonésie, les maladies respiratoires près des sites d’incinération ont augmenté de 40 %.

* **Atteinte à la justice environnementale :** Les pays pauvres supportent le fardeau des déchets des pays riches, illustrant une inégalité environnementale flagrante, faisant payer aux communautés défavorisées le coût de la consommation des sociétés riches.

**4. Dimension éthique et diplomatique**

Ce phénomène révèle une nouvelle forme de colonialisme environnemental, où les pays développés exportent leurs crises environnementales vers le Sud global, ignorant le principe de responsabilité commune mais différenciée. Cela génère également des tensions diplomatiques croissantes entre certains pays européens et les pays importateurs, qui commencent à refuser les cargaisons de déchets, comme lorsque la Malaisie a renvoyé 42 conteneurs vers le Royaume-Uni et l’Indonésie 547 conteneurs vers les pays exportateurs.

**5. Solutions possibles**

* **Réorganisation des politiques de recyclage :** Investir 500 millions de livres dans l’infrastructure de recyclage nationale et imposer des taxes sur les plastiques à usage unique.

* **Restrictions internationales strictes :** Mettre en œuvre la Convention de Bâle révisée de 2021, imposant des contrôles plus stricts sur le commerce des déchets plastiques et créer un système de régulation international pour le transport maritime des déchets.

* **Soutien aux pays en développement :** Créer des programmes de financement de 100 millions de dollars pour développer leur capacité de gestion des déchets et transférer des technologies propres.

* **Promotion de l’économie circulaire :** Offrir des incitations fiscales aux entreprises adoptant des modèles de production basés sur la réutilisation, réduire la production globale et diminuer la TVA sur les produits recyclés localement.

* **Renforcement du contrôle et de la transparence :** Créer un système électronique de suivi des cargaisons plastiques et obliger les entreprises exportatrices à publier des rapports périodiques détaillant la destination et le sort des déchets.

**Conclusion**

L’augmentation de 84 % des exportations britanniques de déchets plastiques n’est pas seulement une statistique environnementale ; elle reflète un déséquilibre profond dans la justice environnementale mondiale, exploitant la faiblesse des infrastructures économiques des pays en développement pour alléger le fardeau des pays riches. Faire face à ce problème critique nécessite une coopération internationale réelle, une révision radicale des systèmes de valeurs économiques qui privilégient le profit à court terme sur la santé de la planète et des êtres humains, et la mise en œuvre juste et complète du principe “le pollueur paie”. L’environnement ne connaît pas de frontières géographiques : les dommages causés à une partie de la planète finiront tôt ou tard par affecter tout le monde.

**Sources :**

* *The Guardian* (2025)
* Rapport du groupe *The Last Beach Cleanup* (2025)
* Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE)
* Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE)
* Ministère britannique de l’Environnement, de l’Alimentation et des Affaires rurales (DEFRA)
* Global Alliance for Incinerator Alternatives (GAIA)

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