
**Préparé par**
Dr. Ammar Sigha
Professeur de sciences politiques et de relations internationales
Université de la Formation Continue
Écrivain et chercheur en affaires sécuritaires et stratégiques
Algérie
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Les relations sino-pakistanaises ont toujours suscité l’intérêt en raison de leur solidité croissante au cours des deux dernières décennies. La Chine est devenue un partenaire économique, commercial et militaire incontournable pour le Pakistan, notamment à travers les vastes projets mis en œuvre dans le cadre du **Corridor économique Chine-Pakistan (CPEC)**.
La décision d’étendre ce corridor à l’Afghanistan représente une étape stratégique et économique majeure, s’inscrivant dans une transformation géopolitique plus large de la région. Cette initiative comporte deux dimensions : **stratégique** et **économique**.
### 1. Dimension stratégique
Sur le plan stratégique, elle implique des considérations géopolitiques et sécuritaires, car elle contribue à redéfinir l’axe du pouvoir régional en Asie centrale et méridionale, tout en ayant des répercussions mondiales. La Chine cherche à approfondir son influence et à combler le vide laissé après le retrait des États-Unis et de l’OTAN, selon le principe du **« développement pour la sécurité »**.
Pékin estime que la meilleure façon d’assurer la stabilité de ses frontières occidentales (Xinjiang) est de promouvoir la stabilité économique de son environnement régional. En ce sens, la Chine vise à établir un **axe trilatéral Pékin-Islamabad-Kaboul**, destiné à contrer l’influence américano-indienne et à renforcer l’initiative **Belt and Road (la Ceinture et la Route)**. Cet axe offrirait à la Chine un passage terrestre stratégique vers le Moyen-Orient via le Pakistan et une profondeur géopolitique via l’Afghanistan.
Cette expansion est perçue comme une tentative de contrer les efforts américains et d’autres puissances visant à occuper le vide afghan, tout en envoyant un message clair : **l’avenir économique de l’Afghanistan passe par Pékin**.
Par ailleurs, la Chine cherche à stabiliser le régime taliban et à lui conférer une forme de légitimité régionale. En brisant son isolement, Pékin offre aux Taliban une bouffée d’oxygène économique et une reconnaissance implicite, malgré le non-reconnaissance internationale du mouvement.
La Chine et le Pakistan exercent ainsi une pression directe sur les Taliban dans le cadre d’un échange **« sécurité contre investissements »**, afin d’assurer la protection des projets et de lutter contre les groupes armés (comme l’État islamique – Province du Khorasan).
### 2. Dimension économique
Sur le plan économique, le projet ouvre des **opportunités immenses** mais comporte également des risques considérables.
L’Afghanistan, en tant que passerelle entre l’Asie du Sud et l’Asie centrale, pourrait redevenir un **pont commercial stratégique** facilitant l’accès aux marchés d’Ouzbékistan, du Tadjikistan et du Turkménistan. La Chine, de son côté, manifeste un intérêt particulier pour les **richesses minérales afghanes** (cuivre, lithium et terres rares), dont la valeur est estimée à plusieurs **milliers de milliards de dollars**.
Le corridor fournirait les infrastructures logistiques nécessaires à l’extraction et au transport de ces ressources, tout en stimulant les investissements chinois dans les routes, les chemins de fer et les projets énergétiques afghans.
### 3. Rivalités régionales
Concernant les ambitions de **l’Inde** avec **l’Iran et l’Arménie**, le **port de Chabahar** (situé sur la côte sud-est de l’Iran) constitue pour New Delhi une voie d’accès directe vers l’Asie centrale et l’Afghanistan. L’Inde, l’Iran et l’Arménie cherchent à bâtir un partenariat stratégique destiné à **réduire l’influence américaine** et à concurrencer la **Nouvelle Route de la Soie** chinoise, en établissant de nouveaux corridors commerciaux reliant l’Asie du Sud à l’Eurasie.
L’Arménie aspire à relier ses territoires à la Turquie, à l’Azerbaïdjan, à l’Iran et à la Géorgie, en créant un réseau d’infrastructures reliant la mer Caspienne à la Méditerranée et le Golfe Persique à la mer Noire. Cette initiative permettrait de revitaliser le rôle historique de l’Arménie dans le commerce eurasiatique et d’offrir à l’Inde un accès fiable à l’Europe, tout en renforçant la position de l’Iran comme **nœud central eurasiatique**.
### 4. Les risques
Cependant, plusieurs **risques économiques et stratégiques** persistent :
* Le **piège de la dette**, qui menace le Pakistan s’il dépend excessivement du financement chinois.
* Les **contraintes géographiques** : le corridor traverse des zones montagneuses instables, sujettes aux attaques, ce qui augmente les coûts d’assurance et ralentit les projets.
### 5. Conclusion
La Chine cherche à s’imposer comme **puissance régionale dominante par l’économie**, tandis que le Pakistan y voit une **opportunité de sortir de son isolement**, de relancer son économie et de consolider un **partenariat stratégique** avec Pékin.
Mais ce rapprochement place aussi son avenir économique et sécuritaire **sous l’influence croissante de la Chine** et la rend vulnérable à ses priorités géopolitiques.








