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Relations pakistano-turques : du rapprochement historique à l’interdépendance stratégique

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Préparé par

Dr. Imran Taha Abdelrahman Imran

Docteur en Philosophie des Sciences Politiques

République Arabe d’Égypte

 

À une époque de transformations géopolitiques, où les alliances traditionnelles se désagrègent et de nouvelles alliances émergent, la relation entre le Pakistan et la Turquie symbolise la résilience et l’ambition. Depuis 2010, ces deux pays, liés par une amitié historique, un patrimoine commun et un désir mutuel d’influence régionale, ont transformé leurs relations en un partenariat dynamique couvrant les domaines militaire, économique, commercial et diplomatique. Ce qui a commencé comme un lien forgé dans la solidarité post-coloniale est désormais un partenariat stratégique prêt à remodeler les dynamiques régionales.

1. Aperçu historique des relations pakistano-turques :

Les liens historiques, religieux et culturels entre la Turquie et le Pakistan, allant du passé au présent, ont eu une influence majeure sur l’établissement et le développement rapide des relations bilatérales dès l’indépendance du Pakistan en 1947. Toutefois, les politiques de sécurité ont joué un rôle central dans l’évolution de ces relations dans les années 1950. Face à la menace perçue du bloc communiste dirigé par l’Union soviétique, le Pakistan et la Turquie se sont alliés au bloc occidental sous la direction des États-Unis. La Turquie et le Pakistan ont collaboré pour empêcher l’influence communiste dans le Moyen-Orient et en Asie du Sud. Bien que l’Organisation du Pacte de Bagdad n’ait pas été durable, elle a contribué à établir une infrastructure institutionnelle pour une telle politique commune.[1]

Dans le cadre de leur engagement envers les politiques de sécurité du bloc occidental au début des années 1960, la Turquie et le Pakistan ont commencé à établir des relations bilatérales plus indépendantes à la mi-1960, dans le cadre de la coopération régionale pour le développement. Alors que les relations de la Turquie avec les États-Unis se détérioraient après le message Johnson de 1964, le Pakistan a également estimé que les États-Unis l’avaient abandonné lors de la guerre contre l’Inde en 1965.[2] Ainsi, la Turquie a commencé à développer ses relations avec le Pacte de Varsovie et les pays du tiers-monde, tandis que le Pakistan se rapprochait de la Chine. Les années 1970 ont connu deux crises majeures pour la Turquie et le Pakistan. Premièrement, le Pakistan oriental a obtenu son indépendance sous le nom du Bangladesh après la guerre indo-pakistanaise de 1971. Ankara a soutenu le Pakistan diplomatiquement et militairement, et n’a reconnu l’indépendance du Bangladesh qu’après que le Pakistan l’ait fait en février 1974. Concernant Chypre, la Turquie a dû intervenir militairement sur l’île en 1974. Avec l’aide militaire et logistique turque, le Pakistan a été le seul pays à soutenir entièrement la position turque. Ainsi, les années 1970 ont renforcé le partenariat fort entre la Turquie et le Pakistan, tenant compte de leurs perspectives de sécurité nationale.[3]

Les relations turco-pakistanaises ont gagné en importance dans les années 1980, surtout après l’invasion soviétique de l’Afghanistan en 1979. L’alliance turco-pakistanaise est devenue cruciale pour empêcher les Soviétiques d’atteindre le régime de Khomeiny en Iran. Avec la prise de pouvoir du général Zia-ul-Haq au Pakistan en 1977 et du général Kenan Evren en Turquie en 1980, les relations turco-pakistanaises sont devenues un centre d’intérêt pour la sécurité mondiale au début des années 1980, et l’alliance soutenue par les États-Unis a perduré jusqu’à la fin de l’invasion soviétique.[4]

Au début du XXIe siècle, le défi de maintenir la stabilité en Afghanistan après l’intervention de l’OTAN en 2001 est devenu central pour les relations bilatérales. Cette intervention a profondément ébranlé la structure ethnique et religieuse du Pakistan. La Turquie a également cherché à contribuer à la stabilité intérieure du Pakistan et à jouer un rôle de médiateur.[5]

L’identité commune fondée sur la proximité religieuse et culturelle constitue la principale force derrière les relations étroites entre la Turquie et le Pakistan. Face aux préoccupations de sécurité mondiale et nationale, Ankara et Islamabad ont établi des accords de coopération dans divers cadres. Les relations turco-pakistanaises ont été traditionnellement amicales, avec une volonté de coopération politique, et ces efforts ont pris de l’ampleur au XXIe siècle. À cette fin, le Conseil de Coopération de Haut Niveau (HLCC) a été créé en 2009, visant principalement à améliorer les relations économiques bilatérales.[7]

2. Coopération sécuritaire et militaire :

Le volet militaire des relations turco-pakistanaises est un pilier de leur partenariat, motivé par des préoccupations de sécurité et des ambitions technologiques. Le Pakistan s’est progressivement tourné vers la Turquie comme fournisseur clé d’équipements militaires avancés, la Turquie devenant une puissance industrielle de défense. Parmi les acquisitions pakistanaises figure l’achat de 4 frégates Babur anti-sous-marines pour 1,5 milliard de dollars, renforçant considérablement les capacités navales pakistanaises. Deux frégates seront construites à Istanbul et deux autres à Karachi, illustrant un modèle de production conjointe favorisant l’échange technologique.[8]

Entre 2016 et 2021, la société turque STM a modernisé les sous-marins AGOSTA 90B pakistanais avec des systèmes sonar et armements avancés. L’industrie aérospatiale turque a également modernisé les F-16 pakistanais, approfondissant la coopération technologique.[9]

Le Pakistan a acquis des drones turcs, tandis que la Turquie a acheté des avions pakistanais Super Mushak. L’émergence de la Turquie dans le commerce mondial des armes, notamment les drones, a trouvé un partenaire réceptif au Pakistan. Malgré l’échec de l’acquisition d’hélicoptères T129B ATAK pour des raisons de moteurs, le Pakistan reste intéressé par les plateformes de défense turques, telles que le chasseur furtif TFX de 5ᵉ génération. La coopération militaire pourrait s’étendre aux véhicules blindés et aux systèmes de surveillance par satellite.[10][11]

La coopération en matière de renseignement a également été cruciale. Depuis le traité Facteur de 2004, Turquie et Pakistan échangent des expériences en lutte contre le terrorisme, renforcées par la montée de Daesh et l’instabilité afghane. Les dialogues militaires de haut niveau et les mémorandums de 2025 ont institutionnalisé la coopération, y compris la formation et les échanges d’officiers.[12]

Les exercices militaires conjoints, tels que Atatürk, Hilal et Najm (2022), renforcent l’interopérabilité. L’exercice Atatürk XIII (février 2025) a impliqué les forces spéciales pakistanaises et turques. Les exercices aériens à grande échelle, tels que Shield of Sindh (2024), visent à améliorer les capacités multidomaines et le rayonnement géopolitique des deux pays.[13][14][15]

3. Croissance des liens économiques :

Les relations ne se limitent pas au militaire. Le commerce bilatéral a atteint 1,2 milliard de dollars en 2022 avant de redescendre à 1 milliard en 2023. La Turquie représente 0,5 % des importations pakistanaises et 1,2 % de ses exportations. L’accord commercial préférentiel de 2023 et le cadre économique stratégique visent à porter le commerce à 5 milliards de dollars, objectif réaffirmé lors de la 7ᵉ réunion de la Commission Supérieure du Commerce et de l’Investissement (février 2025). Les textiles dominent les exportations pakistanaises, tandis que les machines et produits chimiques dominent les exportations turques. Le commerce diversifié et la création d’une ligne maritime Karachi-Istanbul peuvent stimuler un axe économique équilibré.[17]

Les investissements turcs, totalisant 2,7 milliards de dollars depuis 2010, ont stimulé l’énergie renouvelable, les infrastructures et la gestion des déchets au Pakistan. La future zone économique spéciale et l’ouverture d’une banque turque montrent des intentions économiques claires. Le corridor économique sino-pakistanais et l’intérêt turc pour le relier à l’Asie centrale renforcent la position stratégique du Pakistan.[18][19]

4. Coordination diplomatique :

Diplomatiquement, Turquie et Pakistan se soutiennent mutuellement sur les questions de souveraineté à Chypre et au Cachemire. Ankara soutient les positions pakistanaises, et Islamabad respecte les intérêts turcs. Les différences mineures sur le Cachemire et Chypre ont été évitées pour maintenir une coopération constructive. Les visites répétées du président Erdoğan et les sommets trilatéraux avec l’Afghanistan reflètent cet engagement.[20][24]

Conclusion :

Le partenariat turco-pakistanais est prêt à croître militairement (drones, missiles, satellites), économiquement (objectif de 5 milliards de dollars, corridors commerciaux) et diplomatiquement (voix unifiée sur les questions régionales). Les défis restent : logistique, déséquilibres commerciaux et équilibre régional du Pakistan. L’absence de conflits stratégiques majeurs ouvre la voie à une coopération accrue, fondée sur la vision stratégique des décideurs.

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