Traduction
Dr. Reem Abu Al-Kheir
Professionnelle des médias et traductrice spécialisée dans les affaires iraniennes et afghanes
République arabe d’Égypte
Compte tenu de l’importance de cet article et de son analyse approfondie de l’évolution des relations entre Le Caire et Téhéran à la lumière des développements régionaux actuels, il a été traduit en arabe afin de permettre aux lecteurs arabophones d’accéder aux perspectives des médias iraniens sur ce sujet crucial.
Il s’agit de la traduction d’un article analytique de Masoud Kazemian, journaliste et analyste politique iranien, publié sur le site d’information Jamaran sous le titre « De Le Caire à Téhéran : Un pont diplomatique au milieu des divisions stratégiques », daté du 22/06/1404 H.S. (correspondant au 27 octobre 2025).
Introduction de l’article
L’établissement de relations complètes et élargies entre l’Iran et l’Égypte est passé d’une simple ambition diplomatique à une nécessité stratégique. Ce rapprochement ne sert pas seulement les intérêts de sécurité nationale et économiques des deux pays, mais peut également contribuer à la construction d’un Moyen-Orient plus stable et multipolaire.
Dans le domaine de la diplomatie, certains événements qui semblent techniques ou bureaucratiques en surface symbolisent en réalité un profond changement stratégique. L’accord nucléaire récent entre l’Iran et l’Agence internationale de l’énergie atomique, signé au Caire, en Égypte, en est un exemple frappant.
Cet événement ne doit pas être considéré comme une simple étape du complexe dossier nucléaire iranien, mais doit être analysé dans le contexte historique, culturel et politique en évolution au Moyen-Orient.
L’accueil de ces négociations par l’Égypte a rappelé à l’Iran l’importance de ce pays en tant qu’acteur clé dans les équations régionales, rendant des relations complètes avec lui essentielles pour l’Iran.
Période de rupture et de stagnation : l’énigme de l’hostilité injustifiée
Historiquement, l’Iran et l’Égypte ont partagé des liens civilisationnels et culturels importants, depuis les connexions religieuses et culturelles jusqu’aux mariages royaux, tels que celui de Mohammad Reza Shah Pahlavi avec la reine Fawzia. Ces deux pays ont longtemps été considérés comme des piliers de la civilisation du Moyen-Orient. Cependant, la révolution iranienne de 1979 a provoqué une rupture soudaine et profonde, transformant un désaccord politique en hostilité idéologique.
En 1979, l’Iran a rompu entièrement ses relations diplomatiques avec l’Égypte à cause de l’accueil par Anouar el-Sadate de Mohammad Reza Shah Pahlavi après son départ d’Iran. Cette décision a provoqué de vives réactions du côté du Caire, et avec l’assassinat de Sadate en 1981 par un groupe islamiste, et la louange de l’Iran pour son meurtrier, cette rupture est devenue une profonde blessure. Pendant des années, la nomination d’une rue à Téhéran au nom de « Khaled Islambouli » a symbolisé cette impasse et bloqué toute tentative de normalisation des relations. Pendant cette période, les deux pays ont été privés de nombreuses opportunités de coopération économique, politique et sécuritaire. Les tentatives d’amélioration des relations sous les présidences de Mohammad Khatami et Mahmoud Ahmadinejad ont échoué à cause de pressions externes et d’oppositions internes, résultant en une « hostilité injustifiée » payée par les deux peuples.
Le Caire, pont de médiation en pleine crise
Face à des défis régionaux sans précédent, tels que la guerre à Gaza, les attaques contre des navires en mer Rouge et la suspension des négociations nucléaires, l’Égypte est devenue un acteur clé et un médiateur de confiance. L’accueil des récentes négociations nucléaires au Caire n’était pas un hasard, mais un choix stratégique, reflétant l’objectif de l’Égypte d’aider à réduire les tensions et à prévenir une guerre régionale totale en utilisant son influence auprès des deux camps (Iran et Occident).
Ce rôle de médiateur est devenu évident ces derniers mois. Les multiples appels téléphoniques entre responsables iraniens et égyptiens, et la rencontre du président iranien avec son homologue égyptien en marge du sommet BRICS, reflètent une « diplomatie active ». Ces démarches ne se sont pas limitées à résoudre les problèmes bilatéraux, mais se sont étendues à la coordination sur les crises régionales telles que Gaza et la mer Rouge. À ce stade, Le Caire est devenu un canal de communication indirect, digne de confiance pour l’Iran, les États-Unis et même Israël.
Retour à la centralité : ressusciter le poids stratégique du Caire
Reconnaître le rôle du Caire en tant que médiateur actif nécessite une perspective plus profonde que de le voir simplement comme un acteur neutre. En accueillant ces négociations et en prenant des mesures prudentes vers un rapprochement avec Téhéran, l’Égypte ravive en réalité son poids historique et sa position dans le monde arabe. Pendant des décennies, le Moyen-Orient a connu un vide stratégique dû à l’isolement du Caire par rapport aux principaux axes régionaux, un vide comblé par la concurrence croissante de nouvelles puissances. Maintenant, dans un contexte d’effondrement des anciens régimes et d’émergence de nouvelles alliances fragiles, l’Égypte cherche habilement – en exploitant sa flexibilité diplomatique – à redevenir un pôle central de la politique et de la sécurité dans le monde arabe, augmentant ainsi son influence sur les développements régionaux, de la maîtrise des passages maritimes en mer Rouge à la gestion des crises régionales. Cette diplomatie subtile n’est pas une simple démonstration pacifique mais une manœuvre stratégique visant à restaurer la centralité du Caire.
Nécessité stratégique du rapprochement avec l’Égypte pour l’Iran
Il est clair que l’établissement de relations complètes avec l’Égypte est une nécessité stratégique pour Téhéran, capable de modifier radicalement la position de l’Iran dans la région. Cette nécessité peut être envisagée sous plusieurs angles :
- Réduire la pression diplomatique : Du point de vue des diplomates iraniens et égyptiens, la poursuite de la rupture des relations ne sert les intérêts d’aucun des deux pays. L’Égypte, en tant que pays arabe le plus peuplé et possédant une influence historique et culturelle unique, pourrait servir de passerelle de l’Iran vers le monde arabe. La normalisation des relations avec Le Caire pourrait réduire les pressions diplomatiques sur l’Iran et transformer la position régionale de Téhéran d’un acteur « assiégé » à une puissance globale.
- Créer un nouvel équilibre des pouvoirs : Le Moyen-Orient connaît actuellement la formation de nouvelles alliances centrées sur les pays du Golfe et Israël. Un rapprochement entre l’Iran et l’Égypte pourrait créer un « nouvel axe de stabilité » et un équilibre face à ces alliances. La coopération sur des crises telles que la Syrie, le Yémen et le Soudan, où les deux pays ont des intérêts communs, renforcerait davantage cet axe.
- Gains économiques : Pour les deux pays confrontés à de graves défis économiques, des relations complètes ouvriraient d’innombrables opportunités dans le commerce, le tourisme et l’investissement mutuel. La réduction des tensions en mer Rouge et l’augmentation des revenus du canal de Suez, vital pour l’Égypte, dépendent également de la coopération avec l’Iran.
Considérations des puissances régionales et mondiales : le défi de la volonté stratégique
Cependant, il faut reconnaître que le rapprochement entre l’Iran et l’Égypte fait face à de fortes forces qui cherchent à maintenir le statu quo. Pour certaines puissances régionales et mondiales, tout rapprochement entre ces deux pays historiques est un jeu à somme nulle. Alors que Téhéran voit ces relations comme un moyen de réduire la pression et de restaurer l’équilibre, certaines capitales considèrent cette approche comme une menace qui pourrait affaiblir les alliances existantes et réduire leur influence dans la région. Par conséquent, le processus de normalisation des relations n’est pas un acte diplomatique simple mais un test rigoureux de la volonté stratégique des deux pays, qui doivent trouver des moyens de réaliser leurs intérêts nationaux dans un réseau d’intérêts contradictoires et de pressions externes cachées. Le succès dépend de la capacité des dirigeants à gérer ces développements et à construire un cadre de coopération durable capable de résister à ces pressions externes.
Conclusion : Établir des relations comme nécessité à long terme dans un chemin semé de défis
L’établissement de relations élargies et complètes entre l’Iran et l’Égypte est passé d’une simple ambition diplomatique à une nécessité stratégique. Ce rapprochement ne sert pas seulement la sécurité nationale et l’économie des deux pays, mais peut contribuer à la formation d’un Moyen-Orient plus stable et multipolaire. Si les dirigeants des deux pays saisissent cette opportunité historique et privilégient leurs intérêts communs plutôt que les divergences, ils pourront mettre fin à une longue période de méfiance et de stagnation et ouvrir un nouveau chapitre dans l’histoire régionale. Cette approche a déjà commencé, malgré sa difficulté et sa complexité.
Source :
- Masoud Kazemian. Site d’information Jamaran – Téhéran. « De Le Caire à Téhéran : Un pont diplomatique au milieu des divisions stratégiques. » Publication 22/06/1404 H.S.; Date d’entrée 27/10/2025. Code de l’article : 1681820. Lien








